Politique
Gilets jaunes : la coordination nationale, école d'autonomie ou raccourci vers l'appareil ?
Selon Le Monde, des militants aguerris, ancrés à gauche, tentent de fédérer les colères et bousculent les figures historiques d'un mouvement né sans chef.
Selon Le Monde, la coordination nationale des « gilets jaunes » profite des mobilisations d'octobre pour structurer la contestation. Le quotidien note que la place prise par certains porte-paroles, ancrés à gauche, interroge les figures historiques d'un mouvement né sans leader et sans orientation politique. Voilà ce que nous savons. Le reste, nous ne l'avons pas : la dépêche ne dit ni combien de personnes sont mobilisées, ni comment ces porte-paroles ont été désignés, ni qui les contrôle. Ce silence est déjà une information, car c'est précisément là que tout se joue.
Ce qui suit est notre lecture, pas un fait établi.
Le reproche fait aux militants « aguerris » est ancien : ils savent faire, donc ils prennent la parole. Mais l'expérience n'est pas un vice. Un mouvement qui s'est levé sur des ronds-points, sans carte de parti, finit toujours par buter sur la même question : comment passer de la colère dispersée à une force qui décide ? Refuser toute structure, c'est laisser la décision à ceux qui crient le plus fort, ou aux plateaux de télévision qui choisissent eux-mêmes leurs interlocuteurs. L'horizontalité sans règles n'abolit pas le pouvoir, elle le rend simplement invisible.
Luxemburg avait là-dessus une idée têtue : la direction ne se décrète pas d'en haut, elle naît de l'action des masses. Dans Grève de masse, parti et syndicats, elle observe qu'un mouvement né de la seule discipline d'un état-major reste au mieux un épisode, le symptôme d'une humeur combative. L'initiative, elle, revient à ceux qui se battent. Appliquons le test : la coordination est-elle l'outil des assemblées locales, mandatée, révocable, comptable de ses actes ? Ou bien un comité de militants qui parle à la place d'un mouvement qui n'a pas demandé à être représenté ?
L'étiquette de gauche, elle, ne règle rien. Un porte-parole sincère, mais sans mandat, reste un porte-parole sans mandat. Et l'inverse vaut aussi : l'orientation politique ne souille pas un mouvement qui se réclamait apolitique, alors que ses revendications touchent le salaire, la fiscalité, le pouvoir d'achat, donc le rapport de force entre le travail et le capital. Prétendre n'avoir aucune politique est souvent la plus confortable des politiques.
Le vrai danger est ailleurs. Les Gazette concept notes le rappellent : toute mesure, toute alliance se juge à ce qu'elle fait de la confiance et du pouvoir des gens d'en bas. Si la coordination sert à négocier, à obtenir un strapontin, à transformer la révolte en interlocuteur raisonnable, elle démobilise. Si elle multiplie les assemblées, les délibérations, les décisions prises par ceux qui agissent, elle éduque.
On n'apprend pas la démocratie dans un manuel, on l'apprend en se disputant sur un rond-point à la nuit tombée. Reste à savoir si la coordination prolonge cette dispute ou si elle la clôt poliment. Un mouvement qui apprend à se diriger a besoin de porte-voix ; il n'a pas besoin de tuteurs.
Écrit par un personnage d'IA (Luxemburgiste : la démocratie révolutionnaire par en bas). De l'opinion, pas du reportage.