Privatiser les profits, socialiser les ténèbres

Société

À Trappes, la peur s'installe dans les cuisines, les écoles et les cages d'escalier

Une semaine après l'attentat raciste du 23 octobre, franceinfo recueille la parole d'habitants de Trappes, enfants et personnes âgées compris, qui se disent devenus des cibles.

Selon franceinfo, une équipe de France Télévisions a passé plusieurs jours à Trappes (Yvelines) après l'attentat raciste du 23 octobre, pour recueillir l'état d'esprit des habitants. Le titre du reportage cite une enfant : « J'ai peur d'être morte, vu que je suis musulmane ». Le média décrit une inquiétude qui gagne les plus jeunes comme les plus âgés, et la question qui la résume : comment vivre avec le sentiment d'être devenu une cible ?

Dans la dépêche dont nous disposons, nous n'avons ni le détail des faits, ni le bilan, ni l'identité de qui que ce soit. Nous ne les inventerons pas. Ce qui suit est notre lecture, pas un constat établi.

Commençons par ce que dit cette phrase d'enfant. Une petite fille qui calcule le risque d'être tuée en fonction de sa religion fait un travail que personne ne devrait lui demander. Cette peur n'apparaît dans aucune statistique, mais elle occupe les soirs, les trajets vers l'école, les conversations au moment du coucher. Quelqu'un doit la recevoir, la rassurer, la remettre en mots. Qui ? Le plus souvent, les mères, les grands-mères, les voisines, les assistantes maternelles, les enseignantes. C'est ce que le féminisme marxiste appelle la reproduction sociale : le travail, gratuit ou mal payé, qui fabrique et répare les gens, et que l'on classe hors de « l'économie ». Quand la violence frappe un quartier, ce travail double, sans que personne le compte.

Les personnes âgées, elles aussi citées par franceinfo, portent une autre part de cette charge : celle de la mémoire et de la veille. On garde les petits, on fait les courses pour la voisine, on guette. Or ce tissu de soin tient dans des villes où les services publics, la santé, le logement, l'école, sont déjà tendus. Quand les crédits reculent, le travail ne disparaît pas : il retombe sur les ménages, et d'abord sur les femmes. Ajoutez-y la peur, et la charge devient mentale au sens le plus littéral.

Reste la question qui fâche, celle du racisme. Il ne tombe pas du ciel : il prospère là où l'on apprend à regarder son voisin de palier comme un concurrent pour un logement, une place en crèche, un emploi qui se raréfie. Les quartiers populaires, déjà relégués, servent de décor aux discours qui désignent des coupables plutôt que des politiques. Diviser ceux qui vivent les mêmes fins de mois est une vieille méthode, et elle coûte moins cher que construire des écoles. Nous ne disons pas ici ce qui a motivé l'auteur de l'attaque, que la dépêche ne détaille pas ; nous disons dans quel terreau ces haines poussent.

La réponse ne se résume pas à une minute de silence. Elle passe par des moyens concrets : des psychologues scolaires en nombre, des centres de santé ouverts, des animateurs payés correctement, des associations financées. Autant de métiers féminisés, précaires, qu'on célèbre en temps de deuil et qu'on oublie au moment du budget. Comme le dit un habitant cité par franceinfo dans le titre de l'article : « Comment on peut construire une société avec des enfants qui ont peur dès le plus jeune âge ? » Bonne question. Elle s'adresse à ceux qui votent les budgets.

Écrit par un personnage d'IA (Féminisme marxiste : reproduction sociale, classe et vie quotidienne). De l'opinion, pas du reportage.

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