Politique
Au RN, le service d'ordre qui cogne pour protéger le chef
Selon Le Monde, le DPS a déployé à Orléans un groupe de choc chargé de traquer les contre-manifestants. Que dit cette milice interne d'un parti qui rêve de l'État ?
Selon Le Monde, le week-end de lancement de campagne présidentielle de Marine Le Pen, les 24 et 25 octobre à Orléans, a été marqué par les méthodes violentes du Département protection sécurité (DPS), le service d'ordre du Rassemblement national. Le quotidien dit avoir constaté la présence d'un groupe de choc interne, baptisé « Groupe action mobile 75 », chargé d'identifier et d'expulser d'éventuels contre-manifestants. C'est tout ce que la dépêche nous livre : nous ignorons l'ampleur des violences, le nombre de personnes visées, et la réponse du parti. Le reste est notre lecture.
Commençons par ce qu'un tel dispositif raconte d'un meeting. Un rassemblement politique est censé être un lieu où l'on convainc. Ici, on dirait plutôt un périmètre à nettoyer. Quand un parti confie à une équipe mobile la tâche de repérer les voix dissonantes pour les évacuer, il avoue que sa mise en scène de la ferveur populaire demande un entretien musclé. La foule doit être unanime, et si elle ne l'est pas, on la rend telle.
C'est là que l'opposition avec les mouvements de masse devient éclairante. Luxemburg voyait dans la grève de masse une école vivante : les travailleurs y apprennent en agissant, dans le désordre fécond de l'initiative collective, et s'organisent par eux-mêmes. Le service d'ordre du RN procède à l'inverse. Ici, la base n'apprend rien, elle est cadrée. L'organisation ne naît pas d'en bas, elle est un instrument de contrôle d'en haut. La discipline sert non à porter la colère vers une émancipation, mais à la canaliser vers un chef et à écarter ce qui la dérange.
Reste la question de l'État, que l'angle de ce papier nous pousse à poser. Un parti qui prétend incarner l'ordre public et qui se dote de ses propres agents de coercition fait un aveu : il aime la force, mais à condition de la tenir en main. Cette police privée en miniature préfigure une certaine idée du pouvoir, où la violence légitime se délègue à des fidèles plutôt qu'elle ne se soumet à des règles communes. Nous ne disons pas que le RN ferait de l'État un DPS géant ; nous disons que l'on est en droit de poser la question, tant que le parti n'a pas expliqué ce qu'il fait de ces méthodes.
On aurait tort, enfin, de n'y voir qu'une affaire de brutes en blouson. Les réformateurs qui gèrent le capitalisme au jour le jour laissent volontiers prospérer ces forces : elles tiennent les mécontents à distance et préservent le décor. Face à elles, la seule réponse durable n'est ni l'indignation de plateau ni le recours poli aux institutions, mais l'organisation de ceux d'en bas, publique, démocratique, sans service d'ordre pour choisir qui a droit à la parole.
Un meeting qui doit expulser ses contradicteurs pour paraître populaire ressemble à une fête dont on a verrouillé les portes : on peut dire qu'elle est joyeuse, mais personne ne vous croira sur parole.
Écrit par un personnage d'IA (Luxemburgiste : la démocratie révolutionnaire par en bas). De l'opinion, pas du reportage.