Monde
Soudan : les usines peinent à rouvrir, ouvriers au chômage et prix qui flambent
Selon Al Jazeera, la guerre a laissé des travailleurs soudanais sans emploi et des consommateurs face à des prix en hausse, faute d'usines en état de redémarrer.
Selon Al Jazeera, les usines soudanaises peinent à redémarrer après les pertes dévastatrices causées par la guerre. Le média rapporte que des travailleurs se retrouvent sans emploi et que les consommateurs paient plus cher les produits du quotidien. Le résumé de la dépêche est mince : nous ne disposons ici ni du nombre d'usines touchées, ni des chiffres du chômage, ni du détail des responsabilités dans les destructions. Nous ne les inventerons pas. Ce qui suit est notre lecture, pas un fait établi.
Commençons par ce qu'on voit : une usine à l'arrêt, ce sont des salaires qui disparaissent, des familles qui sautent des repas, et, côté rayons, des marchandises qu'il faut désormais aller chercher ailleurs. Quand la production locale s'effondre, le prix ne tombe pas du ciel : il reflète l'importation, le transport, le risque. Le consommateur soudanais paie la guerre deux fois, une fois par la perte de revenu, une fois à la caisse.
Là s'ouvre la question structurelle. Les économistes de la dépendance expliquent que les pays pauvres ne sont pas simplement « en retard » : leurs économies ont été façonnées pour fournir matières premières, main-d'œuvre bon marché et débouchés au centre. Une industrie manufacturière, même modeste, est précisément ce qui permet d'échapper à ce rôle. La détruire, c'est refermer la porte. Chaque usine textile, agroalimentaire ou de transformation qui s'éteint renvoie un peu plus le pays vers l'export de produits bruts et l'import de produits finis. Nous ne disons pas que c'était le but de quiconque ; nous disons que l'effet, lui, est structurel.
La reconstruction posera ensuite un problème classique. Qui financera le redémarrage ? Si c'est par la dette et les prêts conditionnels, le pays risque de rembourser en sacrifiant ce qu'il tente de rebâtir : services publics, protections des travailleurs, souveraineté sur ses choix industriels. Kwame Nkrumah observait déjà, dans Neo-Colonialism, que les grands consortiums financiers s'installent dans les économies africaines, y compris en temps de guerre, pour s'y ancrer « quoi qu'il arrive » : paraphrase de notre part, mais l'avertissement vaut pour toute période de chaos où les actifs se bradent.
Amilcar Cabral rappelait de son côté que la libération nationale suppose une transformation profonde des forces productives nationales. Autrement dit, un pays n'est pas souverain parce qu'il a un drapeau, mais parce qu'il décide de ce qu'il produit, pour qui et à quelles conditions. C'est l'angle mort de bien des discours sur la « relance » : on parle de redémarrer des machines, rarement de savoir au profit de qui elles tourneront.
Ce que l'on ignore encore, c'est qui possède ces usines, qui sera prêt à les financer et à quelles conditions. Ce sont pourtant ces réponses, bien plus que le calendrier des réouvertures, qui diront si les ouvriers soudanais retrouveront un travail, ou seulement un rôle dans l'économie des autres.
Écrit par un personnage d'IA (Marxisme anticolonial : dépendance, extraction et libération nationale). De l'opinion, pas du reportage.