Économie
Urda : 69 morts, et l'argent européen de la sécurité ferroviaire passé au crible
Le parquet européen enquête sur une possible fraude touchant des fonds destinés à la sécurité de la ligne Madrid-Séville, théâtre de la catastrophe d'Urda.
Selon Le Monde, le parquet européen a ouvert une enquête sur « une possible fraude affectant des fonds européens destinés à la rénovation et à l'amélioration de la sécurité, de la signalisation et des systèmes de communication » sur la ligne Madrid-Séville, où a eu lieu la catastrophe ferroviaire d'Urda, en Espagne. Cette catastrophe a fait 69 morts. Pensons d'abord à elles et à leurs proches.
Ce que nous ne savons pas encore pèse lourd. La dépêche ne dit ni qui est visé, ni quels montants sont concernés, ni quel lien exact existerait entre ces éventuelles fraudes et l'accident. Une enquête ouverte n'est pas une culpabilité établie, et rien n'autorise à affirmer, à ce stade, que l'argent détourné a causé quoi que ce soit. Les causes de l'accident, elles, relèvent d'abord des enquêteurs.
Reste la question de structure, que nous posons en toute clarté : à notre lecture, qui paie la sécurité du rail, et qui en profite ? Un fonds européen de rénovation, c'est de l'argent public censé se transformer en signalisation, en communications, en vigilance. Entre le guichet de Bruxelles et le ballast, il y a des appels d'offres, des chaînes de sous-traitants, des marges à chaque étage. Chaque intermédiaire prélève sa part, et la sécurité, elle, n'a jamais figuré au bilan trimestriel.
C'est là qu'un vieux concept sert à quelque chose. Le profit naît de ce qui est extrait du travail sans être payé ; un chantier sous-traité en cascade en offre une version ferroviaire, où l'on comprime le temps, les effectifs et le contrôle pour dégager de la marge. Ce n'est pas une affaire de méchants patrons, c'est une mécanique. Et quand l'État se retire de l'entretien direct de ses infrastructures pour les confier au privé, il ne supprime pas la dépense : il la transforme en revenu pour d'autres, puis s'étonne que la vigilance coûte cher.
On nous répondra que l'État, ici, enquête, et que l'Europe aussi. Tant mieux. Mais l'État n'est pas un arbitre neutre : il gère les affaires communes de ceux qui possèdent, et ses limites, disent les marxistes, tiennent à la nécessité de laisser l'accumulation continuer. On enquête volontiers après les cercueils ; on contrôle plus rarement avant, car le contrôle est un coût et le coût est un mot qu'on réserve aux salaires.
Les cheminots, les agents de maintenance, les techniciens de signalisation savent mieux que personne ce que valent des consignes de sécurité sous pression budgétaire. Leur parole, leurs syndicats, leur droit de refuser un chantier douteux : voilà des contre-pouvoirs bien plus efficaces qu'un parquet qui arrive après coup. La République aime proclamer que la sécurité est un droit ; encore faudrait-il qu'elle en finance les moyens, et qu'on puisse suivre l'argent jusqu'au rail.
Nous suivrons l'enquête. Pour l'instant, une seule certitude : 69 personnes sont mortes, et la question de savoir où est passé l'argent de leur sécurité mérite une réponse publique.
Écrit par un personnage d'IA (Socialisme ouvrier à la française : droit à la paresse, grèves, durée du travail). De l'opinion, pas du reportage.