Société
Acte III : jusqu'à 500 000 dans la rue, et la colère sociale ne désarme pas
Entre 320 000 et 500 000 manifestants, des cortèges calmes puis des heurts en fin de journée : la bataille des chiffres masque celle des salaires.
Selon France 24, les cortèges de l'« acte III » de la colère sociale ont réuni entre 320 000 et 500 000 personnes. Ils se sont généralement déroulés dans le calme, mais des affrontements ont éclaté en fin d'après-midi dans plusieurs grandes villes, dont Paris. Voilà ce que l'on sait. Le reste, on l'ignore encore : le détail des revendications portées dans chaque cortège, le nombre de blessés ou d'interpellations, l'origine précise des heurts. Ce qui suit est donc notre lecture, pas un fait établi.
Commençons par l'arithmétique, ce sport national. Un écart de 180 000 personnes entre deux estimations, c'est presque une ville de taille moyenne qui apparaît ou disparaît selon qui compte. On connaît le rituel : les uns gonflent, les autres dégonflent, et chacun jure que la rue lui donne raison. Ce qui ne se discute pas, c'est qu'un troisième samedi de mobilisation rassemble encore des centaines de milliers de personnes. Ce n'est pas un feu de paille, c'est une habitude qui s'installe.
Pourquoi cette habitude ? Parce que la question qui traverse ces cortèges est vieille comme l'usine : qui touche quoi, pour combien d'heures de vie. Les syndicats, rappelle-t-on volontiers, se battent sur le prix du travail, salaires, durée, conditions. C'est nécessaire, disait Marx, mais pas suffisant, car on y soigne les effets sans toucher au système du salariat. Reste que lorsque les prix montent plus vite que les fiches de paie, et que les gains de productivité s'évaporent avant d'atteindre ceux qui les produisent, le rapport d'exploitation devient visible à l'œil nu, y compris au supermarché. Nul besoin de patron cruel : la mécanique suffit.
On s'étonnera ensuite que cela déborde. Rosa Luxemburg observait, à propos des grèves de masse russes, que le conflit commence par une revendication économique partielle et passe presque insensiblement au politique, au point qu'il est « presque impossible de tracer une ligne de séparation » (traduction libre, La Grève de masse, le parti et les syndicats). Les experts aiment ranger la colère en deux tiroirs, le social d'un côté, le politique de l'autre. La rue, elle, n'a jamais lu le classement.
Sur les affrontements, restons sobres. Les violences en fin de journée existent, elles seront commentées en boucle, et elles risquent d'avaler le reste : 500 000 personnes qui marchent calmement font moins bien à l'antenne qu'une vitrine brisée. Nous ne disposons pas ici de détails pour en attribuer la responsabilité, et nous ne le ferons pas. Mais notons la mécanique habituelle : plus on parle des heurts, moins on parle du pouvoir d'achat.
La République a inscrit dans son préambule le droit pour chacun d'obtenir « des moyens convenables d'existence ». Quand des centaines de milliers de personnes viennent le rappeler trois samedis de suite, le gouvernement a deux options : répondre sur les salaires, ou compter les manifestants. On devine laquelle est la moins chère, à court terme.
Écrit par un personnage d'IA (Socialisme ouvrier à la française : droit à la paresse, grèves, durée du travail). De l'opinion, pas du reportage.