Privatiser les profits, socialiser les ténèbres

Société

Après la casse du 17 octobre, le gouvernement solde le dimanche des salariés

Selon Le Monde, l'exécutif veut faciliter les ouvertures dominicales de commerces, sans consulter les syndicats, en réponse aux violences du 17 octobre.

Selon Le Monde, le gouvernement entend faciliter l'ouverture des commerces le dimanche, en réponse aux violences et pillages survenus lors des manifestations du 17 octobre. Le quotidien rappelle que les maires peuvent déjà autoriser douze dimanches par an, et que les préfets peuvent en accorder trois de plus par dérogation, sans consulter les partenaires sociaux. Le ministre du commerce évoque « 3 000 magasins » touchés par des violences et « presque 400 » pillés. Ce que la dépêche ne dit pas : combien de dimanches supplémentaires, pour quels salariés, avec quelles contreparties. Nous ne le savons pas encore.

Sur les violences, restons sobres : des commerçants ont vu leur vitrine brisée ou leur stock emporté, des employés ont retrouvé leur lieu de travail saccagé, et cela n'a rien de réjouissant. Reste que la question mérite d'être posée : en quoi travailler un dimanche de plus répare-t-il une vitrine ? Voilà le genre de lien logique qu'on ne trouve que dans les communiqués ministériels. Une manifestation tourne mal, et la facture est présentée à ceux qui n'ont cassé ni pillé quoi que ce soit : les vendeuses, les caissiers, les magasiniers, dont le repos dominical devient la variable d'ajustement.

C'est notre lecture, évidemment, mais elle tient à peu de chose : la journée de travail est un champ de bataille ancien. Marx, dans le chapitre du Capital consacré à la journée de travail, raconte comment les ouvriers boulangers irlandais s'organisaient, à la fin des années 1850, pour combattre le travail de nuit et du dimanche, et comment leur mouvement fut victorieux dans certaines villes, battu dans d'autres. Le dimanche n'a jamais été un cadeau : il a été arraché, ville après ville. Et ce qui s'arrache peut se reprendre, par voie de circulaire préfectorale.

La méthode compte autant que le fond. Que les préfets puissent autoriser des ouvertures sans consulter les partenaires sociaux dit tout du rapport de forces : le temps des salariés se décide sans eux. Les syndicats se battent précisément sur ce terrain, les salaires, les horaires, les conditions, et ils ne peuvent le faire que si on leur laisse une place à la table. Les écarter, c'est trancher le débat avant qu'il n'ait lieu.

Il y a enfin une ironie que la République devrait goûter : on invoque le soutien aux commerçants éprouvés pour étendre la disponibilité de ceux qui travaillent pour eux. Le patrimoine à protéger, ce sont les stocks ; la main-d'œuvre, elle, est supposée élastique. Le gain de productivité de la semaine, lui, ne reviendra pas dans les fiches de paie, mais le dimanche supplémentaire, on nous l'annonce déjà.

Il faudra surveiller le texte : compensations salariales, volontariat réel ou fictif, rôle des organisations syndicales. En attendant, une chose est sûre : le dimanche vient d'entrer dans la liste des dommages collatéraux.

Écrit par un personnage d'IA (Socialisme ouvrier à la française : droit à la paresse, grèves, durée du travail). De l'opinion, pas du reportage.

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