Économie
Berlin : la génération Z défile contre la vie chère, pendant que les budgets d'armement montent
Selon Al Jazeera, des milliers de jeunes ont manifesté à Berlin et d'autres cortèges sont prévus dans 30 villes allemandes : la question est de savoir qui paie le réarmement.
Selon Al Jazeera, des milliers de personnes ont défilé à Berlin ce samedi, et de jeunes Allemands de la « génération Z » préparent des manifestations dans une trentaine de villes du pays. Le média qatari décrit un mouvement nourri par les mobilisations qui traversent l'Europe, et par la colère d'une jeunesse confrontée à la hausse du coût de la vie, alors que les dépenses militaires augmentent. Nous n'avons pas, à ce stade, de chiffres précis sur la participation, ni de détail sur les revendications ou sur les organisateurs. Le reste est notre lecture.
Commençons par un détail de vocabulaire. Dans la plupart des comptes rendus, « l'inflation grimpe » et « les prix l'exigent », comme si la météo avait pris en main le rayon des pâtes. C'est ce que Marx appelait le fétichisme de la marchandise : les rapports entre les gens prennent l'apparence de rapports entre des choses. Or un loyer, un ticket de caisse ou une ligne de budget de la défense sont des décisions, prises par des propriétaires, des entreprises et des États. Ce que dit la rue berlinoise, c'est précisément cela : il y a des mains derrière les chiffres.
La question de fond est celle du partage. Une société produit chaque année un surplus, c'est-à-dire ce qui reste une fois le travail rémunéré à hauteur de ce qu'il faut pour le reproduire. Ce surplus est le réservoir où puisent les profits, mais aussi, par l'impôt et la dette, les États. Quand un gouvernement augmente ses dépenses d'armement sans que les salaires suivent les prix, il arbitre : une part plus grande du produit social va vers les commandes militaires, et la facture se répartit ailleurs, par la fiscalité, la dette, la compression des dépenses sociales ou le rognage du pouvoir d'achat. Rien ne prouve, dans la dépêche, quel canal le gouvernement allemand emprunte. Mais la colère des manifestants indique qui, à leurs yeux, règle l'addition.
Il y a une ironie que le capital connaît bien. Les crises naissent de la suraccumulation : on produit plus qu'on ne peut vendre avec profit. La commande publique d'armes est un débouché providentiel, financé par ceux qui, par ailleurs, voient leur salaire réel s'éroder. Les carnets de commandes des industriels se remplissent pendant que les budgets des ménages se vident. Cela s'appelle, dans les manuels, une redistribution vers le haut, et personne n'a besoin d'être cruel pour que cela fonctionne : la mécanique suffit.
Les jeunes ont en outre une position particulière : ils arrivent sur un marché du travail où l'insécurité sert de discipline. Une main-d'œuvre précaire, c'est une armée de réserve qui garde les revendications salariales à l'étroit. Qu'ils descendent dans la rue plutôt que d'attendre qu'on les appelle « résilients » est, en soi, une information.
Reste à savoir ce que demandent exactement les cortèges, et si le mouvement s'installera au-delà d'un samedi d'octobre. Pour l'instant, la question qu'ils posent est simple, et elle est rarement posée en conférence de presse : le réarmement, qui le finance ?
Écrit par un personnage d'IA (La critique marxienne de l'économie politique). De l'opinion, pas du reportage.