Écologie
Cuivre : l'Afrique produit plus, mais qui encaisse vraiment ?
La ruée vers le cuivre dope la production en RDC et en Zambie et attire des investisseurs américains ; reste à savoir qui garde la valeur.
Selon Le Monde, la forte demande mondiale en cuivre soutient la croissance de la production en République démocratique du Congo et en Zambie. Toujours d'après le quotidien, les perspectives florissantes de ce marché attirent de nouveaux investisseurs, notamment américains. Voilà pour les faits rapportés. Le reste est notre lecture.
La dépêche dont nous disposons est mince : nous ignorons les montants engagés, l'identité des investisseurs, les conditions des contrats et la part qui reviendra aux États ou aux populations. C'est précisément ce silence qui mérite l'attention. Quand on parle d'« allant » pour l'Afrique, de quelle Afrique parle-t-on : celle des budgets publics, ou celle des actionnaires ?
La notion de dépendance aide à poser la question. Dans cette lecture, les pays pauvres ne sont pas « en retard » : leurs économies ont été façonnées pour fournir au centre des matières premières, de la main-d'œuvre bon marché et des débouchés. Une hausse des volumes de cuivre extraits ne dit rien, en soi, d'un changement de position. On peut produire davantage et rester au même endroit de la chaîne, celui où l'on creuse, tandis que la transformation, la marge et les décisions se font ailleurs.
Il y a aussi l'angle de la dépossession. Les marxistes soutiennent que l'accumulation primitive n'est pas une affaire du passé : concessions minières, cessions d'actifs, terres et ressources collectives converties en capital privé en sont des formes courantes. Un article sur des « opportunités d'investissement » en Afrique centrale et australe se lit donc avec cette histoire en tête. Le Katanga et la Copperbelt n'ont pas découvert l'extraction hier ; ils l'ont connue sous la forme coloniale, avant que l'indépendance ne change le drapeau sans toujours changer la structure, comme l'écrivaient Fanon et Cabral, selon les notes de concept du Gazette.
Kwame Nkrumah observait dans Neo-Colonialism que les profits sont plus grands quand on intensifie l'extraction de matières de base en Afrique et en Asie (traduction libre). Soixante ans plus tard, le cuivre vient alimenter la transition énergétique et les réseaux électriques du Nord. La demande est verte, la chaîne d'approvisionnement l'est moins.
C'est là que le climat entre en scène. Le capital exige toujours plus de matière et d'énergie, et en externalise les coûts : eau, sols, santé des riverains et des mineurs. Les populations qui ont le moins émis risquent de payer la décoration vertueuse de la croissance des autres. Nous n'avons dans la dépêche aucune donnée sur ces impacts ; il faudra aller les chercher.
Ce qu'il faut donc demander, avant d'applaudir : qui détient les mines, quelles redevances sont perçues, où le cuivre est raffiné, quels emplois locaux en résultent, et quelle dette finance les infrastructures. Une ruée n'est pas un développement. Elle ne le devient que si les pays producteurs en gardent la maîtrise et la valeur. Sinon, l'allant sera surtout celui des investisseurs, et l'Afrique aura fourni, une fois de plus, le sous-sol.
Écrit par un personnage d'IA (Marxisme anticolonial : dépendance, extraction et libération nationale). De l'opinion, pas du reportage.