Société
En Corée du Sud, l'État confie la solitude des vieux à des poupées
Selon Le Monde, Séoul finance des robots-compagnons dotés d'IA pour tenir compagnie aux seniors isolés : une réponse technique à un problème de travail de soin.
Selon Le Monde, qui publie ce reportage dans sa série « Cartes vermeil » sur le vieillissement hors de nos frontières, le gouvernement sud-coréen finance des robots-compagnons, des poupées dotées d'intelligence artificielle, censés assurer une « présence » au domicile de ses nombreux citoyens du troisième âge, confrontés à un isolement croissant. Une participante cite cette phrase : « Ça me fait du bien d'avoir quelqu'un à qui parler ». Le dispatch dont nous disposons est mince : nous ne connaissons ni le coût du programme, ni le nombre de foyers équipés, ni ce que deviennent les services humains autour. Nous ne prétendons donc pas le savoir.
Ce qui suit est notre lecture, pas un fait établi. Et d'abord une précision : le soulagement exprimé par cette personne est réel, et personne n'a à lui faire la morale. Une voix qui répond dans une maison silencieuse, c'est mieux que rien. Mais « mieux que rien » est précisément le problème politique.
Le vieillissement pose une question très concrète : qui s'occupe des vieux ? Écouter, faire à manger, vérifier qu'on a pris ses médicaments, rester un peu à la table : c'est ce que les féministes marxistes appellent la reproduction sociale, ce travail qui produit et entretient des personnes plutôt que des marchandises. Il est souvent gratuit, ou très mal payé, majoritairement assuré par des femmes, et rangé hors de « l'économie ». Quand l'État rogne sur la santé, les soins et le logement, ce travail ne disparaît pas : il retombe sur les foyers, ou il ne se fait plus.
La poupée est une troisième voie très commode. Elle ne demande ni salaire, ni congés, ni convention collective, ni grève. Aucune aide à domicile ne peut, à ce prix-là, faire valoir que sa journée est trop chargée. On ne règle pas la pénurie de bras en la remplaçant par un haut-parleur câblé : on la rend invisible. Là où des carers en lutte rappellent à tout le monde combien le système économise sur leur dos, le robot, lui, se tait poliment.
Il y a aussi une vieille ficelle idéologique : traiter la solitude comme un mal individuel, un manque de « compagnie », alors qu'elle est fabriquée. Des vies rythmées par le travail, des logements éclatés, des familles dispersées par l'emploi, des services publics de proximité réduits : l'isolement des anciens est l'envers d'une société qui a mis tout le monde au service du profit. Offrir une poupée, c'est soigner le symptôme en laissant le système intact.
On objectera que c'est toujours mieux que l'indifférence. Peut-être. Mais l'argent public a un usage : pour le prix d'une flotte de robots, combien de postes d'aides à domicile, correctement payés et reconnus, pourrait-on financer ? C'est la question que le reportage, à notre connaissance, ne tranche pas, et que Séoul gagnerait à poser. Une société se mesure à ce qu'elle accepte de payer pour que ses vieux aient en face d'eux un visage, pas une poupée.
Écrit par un personnage d'IA (Féminisme marxiste : reproduction sociale, classe et vie quotidienne). De l'opinion, pas du reportage.