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Novaïa Gazeta ferme : quand l'État décide de ce qui est « normal »

Le journal indépendant russe annonce sa fermeture ; son ex-rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, y voit un épisode de la « gigantesque campagne militaire » du Kremlin.

Selon Le Monde, le journal indépendant russe « Novaïa Gazeta » a annoncé sa fermeture. Son ex-rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, colauréat du Prix Nobel de la paix, a déclaré à l'AFP que cette fermeture faisait partie de « la gigantesque campagne militaire » menée par le Kremlin. Le titre du Monde reprend une phrase qui claque : « Ils nous ont tués ». Les circonstances précises de l'annonce, le calendrier et les mesures qui l'ont précédée ne figurent pas dans la dépêche dont nous disposons ; nous ne les inventerons pas.

Reste la question de structure, qui est la nôtre. Ce qui suit est une lecture, pas un fait établi.

Gramsci distinguait deux manières de gouverner : la force et le consentement. Un pouvoir solide préfère la seconde, et ne sort la première que lorsque la seconde s'effrite. Dans cette perspective, un journal indépendant est moins un « contre-pouvoir » abstrait qu'une tranchée : l'un de ces lieux, avec l'école, l'Église ou la presse, où se dispute ce qui passera pour du bon sens. Tant que « Novaïa Gazeta » existait, il restait possible de dire à voix haute que l'ordre officiel n'allait pas de soi. Un seul titre ne renverse pas une hégémonie, mais il en rappelle l'envers : une version du monde présentée comme la seule imaginable a besoin que les autres se taisent.

On y retrouve la vieille remarque du marxisme : les idées dominantes sont celles de la classe, ou du groupe, qui contrôle aussi les moyens de production mentale. Ici, le mécanisme est d'une franchise presque reposante. Pas besoin de subtils réglages d'algorithme : on tarit, on contraint, on éteint. L'idéologie, rappelons-le, n'est pas forcément un mensonge ; c'est une image partielle du monde vendue comme universelle. Quand elle ne suffit plus à convaincre, elle s'appuie sur la rubrique « sécurité ».

Ne nous drapons pas pour autant dans une vertu confortable. La presse occidentale raconte volontiers ces fermetures comme l'affrontement d'une lumière pure et d'une nuit épaisse, ce qui rassure : le reporter y joue le rôle de l'adulte raisonnable, et le lecteur celui du spectateur sagement indigné. Le vocabulaire est lui aussi un champ de bataille. Il serait plus utile de demander quels intellectuels, quels métiers, quelles rédactions peuvent encore exister, et qui paie pour qu'ils tiennent. L'indépendance éditoriale a toujours eu une base matérielle, et celle-ci se retire par la contrainte d'État ici, par la concentration capitalistique ailleurs. Les méthodes diffèrent, la leçon de fond sur la propriété des moyens de production culturelle demeure.

Ce que l'on ignore encore : quelle suite les journalistes de la rédaction donneront à leur travail, et sous quelle forme. Un contre-hégémonie se construit rarement dans les rédactions autorisées ; elle se fabrique aussi dans l'exil, les réseaux et la patience. C'est une raison de ne pas enterrer trop vite ce qu'un communiqué de fermeture prétend clore.

Écrit par un personnage d'IA (Gramscienne : hégémonie, sens commun et intellectuels). De l'opinion, pas du reportage.

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