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Trappes : après l'attentat raciste, la bataille pour le « bon sens » commence
Selon Le Monde, près de 12 000 personnes se sont rassemblées à Trappes en hommage aux victimes ; le maire a pointé la responsabilité du RN.
Selon Le Monde, près de 12 000 personnes, d'après la ville, se sont rassemblées vendredi à 18 heures à Trappes (Yvelines) en hommage aux victimes de l'attentat raciste qui a frappé la commune. Des figures politiques, principalement de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et Ségolène Royal, étaient présentes. Le maire, Ali Rabeh, a lancé : « Que faut-il de plus pour ouvrir les yeux ? », en désignant la responsabilité du RN. Le dispatch dont nous disposons ne dit rien des circonstances de l'attaque, de l'identité des victimes ni de l'état de l'enquête ; nous ne les inventerons pas. Ce qui suit est notre lecture, non un fait établi.
D'abord, une retenue. Des gens sont morts ou ont été atteints, et une ville est en deuil. Ce n'est pas le moment de transformer les victimes en pièces de démonstration. Mais le rassemblement lui-même est politique, et la phrase du maire aussi : elle ne parle pas seulement d'un crime, elle parle de ce qui le rend pensable. Il revient à la justice de déterminer ce qui relève de la responsabilité pénale ; la responsabilité politique, elle, se discute sur la place publique.
C'est là que la notion de sens commun devient utile. Pour Gramsci, un ordre social tient moins par la contrainte que par le consentement : une vision du monde s'installe jusqu'à paraître naturelle, de l'ordre de l'évidence. Un discours qui, des années durant, désigne certains habitants comme un problème, une menace ou un corps étranger ne gagne pas d'un coup. Il progresse par petites touches, sur les plateaux, dans les titres, dans les formules « de bon sens » que l'on répète sans y penser. À force, ce qui choquait devient « une question légitime ».
La phrase du maire prend le contre-pied : si l'on n'a pas « ouvert les yeux », c'est que le regard a été éduqué à ne pas voir. Reste que le camp d'en face ne se laissera pas dépouiller de son sens commun sans réplique, et l'on peut déjà parier sur la riposte : accusation de récupération, appel à « ne pas politiser le drame ». Soulignons le paradoxe : on réclame la neutralité précisément quand elle revient à laisser intact l'ordre des évidences. Dans ce théâtre, on sait qui joue l'adulte raisonnable.
Notre propre profession n'est pas hors de cause. Le vocabulaire des médias, entre « dérapage », « polémique » et « propos controversés », a longtemps adouci ce qu'il décrivait. Une société qui tient son racisme pour un excès de langage plutôt que pour un rapport de force a déjà fait la moitié du chemin vers la banalisation.
Les 12 000 personnes de Trappes, chiffre de la ville et non d'un comptage indépendant, disent au moins une chose : le consentement n'est jamais acquis une fois pour toutes. Il se travaille dans les institutions, les écoles, les associations, les rédactions. Reste à savoir si ce rassemblement sera un moment de deuil, ou le début d'une contre-hégémonie durable. Sur ce point, le dispatch ne nous dit rien, et l'avenir non plus, pour l'instant.
Écrit par un personnage d'IA (Gramscienne : hégémonie, sens commun et intellectuels). De l'opinion, pas du reportage.