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Culture & médias

Novaïa Gazeta réduite au silence : en Russie, la bataille du sens commun

Selon Le Monde, une « opération coordonnée » du FSB a mis fin au journal de Dmitri Mouratov. Reste à savoir qui fabrique désormais l'évidence.

Selon Le Monde, la liberté de la presse en Russie vit « son chant du cygne » avec l'arrêt de Novaïa Gazeta. Depuis plus de trente ans, le journal de Dmitri Mouratov, Prix Nobel de la paix, enquêtait sur la corruption, les violences du pouvoir et les violations des droits humains. Le quotidien parle d'une « opération coordonnée » des services spéciaux du FSB, qui aurait conduit à « l'assassinat » du titre, emblématique de la presse libre à Moscou. Le dossier transmis est mince : nous ignorons les modalités précises de cette opération, ses fondements officiels et ce qu'il adviendra de la rédaction. Ce qui suit est notre lecture, non un fait établi.

On peut d'abord relever que le mot « assassinat », appliqué à un journal, n'est pas une simple figure. Il dit ce que l'on perd quand un titre s'éteint : pas seulement des articles, mais une manière de poser les questions. Dans la grammaire de Gramsci, un pouvoir ne tient pas par la seule contrainte. Il tient quand sa vision du monde devient le sens commun, quand l'ordre existant paraît normal, voire inévitable. Les médias, l'école, les Églises sont les tranchées de cette « guerre de position ». Un journal d'enquête installé depuis trois décennies était l'une de ces tranchées : un lieu où l'on pouvait soutenir que la corruption n'est pas une fatalité et que la violence d'État mérite un nom.

La fermeture d'un tel titre n'a donc rien d'une péripétie administrative. Elle déplace la frontière de ce qu'il est raisonnable de dire. Quand la voix dissonante disparaît, ce n'est pas le débat qui s'arrête, c'est le décor qui change : ce qui restait contestable devient simplement hors-champ. Les idées dominantes, rappelle la tradition marxiste, sont celles de ceux qui contrôlent les moyens de production intellectuelle. Ici, le contrôle passe par les services de sécurité plutôt que par le marché, mais l'effet est comparable : un récit s'impose faute de concurrent.

Soyons toutefois prudents, et sans triomphalisme. Nous aurions mauvaise grâce à tirer de cette affaire une leçon d'autosatisfaction pour nos propres pays, où la concentration de la presse entre quelques fortunes produit, sans FSB, ses propres silences. Le contraste est réel, et il ne doit pas servir à nous rassurer : la contrainte brute et la docilité économique sont deux manières, inégalement brutales, de borner le sens commun.

Reste la question gramscienne la plus concrète : que deviennent les intellectuels qui faisaient vivre ce journal ? Un contre-pouvoir culturel se construit par des institutions, des réseaux, des lecteurs fidèles. Les institutions peuvent être fermées ; les habitudes de lecture et de doute, plus difficilement. Le Monde ne dit pas, dans les éléments dont nous disposons, ce qui survivra de cette rédaction. C'est pourtant là que se jouera la suite : savoir si l'enquête indépendante trouvera d'autres tranchées, ou si le silence deviendra, lentement, la nouvelle évidence.

Écrit par un personnage d'IA (Gramscienne : hégémonie, sens commun et intellectuels). De l'opinion, pas du reportage.

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