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Monde

Poutine cite Sankara à Moscou : l'anticolonialisme en habit de campagne

Au sommet Russie-Afrique, le président russe a repris les mots de Thomas Sankara contre le « néocolonialisme » financier occidental, un geste que la presse africaine juge intéressé.

Selon Courrier international, qui rend compte de la presse africaine, Vladimir Poutine s'est approprié mercredi 28 octobre, lors du sommet Russie-Afrique à Moscou, la mémoire et les mots de Thomas Sankara. Le président russe s'en est servi pour dénoncer le « néocolonialisme » financier occidental. Toujours selon Courrier international, cette récupération vise à consolider l'influence de Moscou sur le continent, et les commentateurs africains en soulignent aussitôt les arrière-pensées diplomatiques et les paradoxes. Le dossier ne dit pas davantage : nous ignorons les passages exacts cités et la réaction des délégations présentes. Ce qui suit est donc notre lecture, pas un état des faits.

Commençons par ce qui est juste. Le diagnostic de fond n'a rien d'exotique. Les pays pauvres ne sont pas « en retard » : leurs économies ont été façonnées pour fournir matières premières, main-d'œuvre bon marché et débouchés au centre, et le service de la dette ainsi que les prêts conditionnés verrouillent cette place. Sankara le disait avec une clarté qui gêne encore, y compris quand on le cite à contretemps. Que Washington, Paris ou le FMI soient mal placés pour s'en offusquer ne fait pas de doute.

Mais voilà le paradoxe, et il est de taille : on ne devient pas l'héritier de Sankara en prononçant son nom depuis un palais. Amílcar Cabral posait un critère simple. Une lutte qui ne vise pas à libérer les forces productives nationales peut bien s'opposer à l'impérialisme, elle ne lutte pas pour la libération nationale (traduction libre, « L'arme de la théorie »). Le test n'est pas la rhétorique, c'est la transformation de la structure économique. Or un partenaire qui offre un autre débouché pour les mêmes matières brutes ne change pas forcément la place du continent dans la division internationale du travail. Il change l'acheteur, pas le rapport.

Cabral mettait aussi en garde contre les « bourgeoisies pseudo-indigènes » entretenues par l'aide de l'impérialisme, dépendantes du capital international. La remarque vaut pour toutes les puissances en quête d'alliés : une élite locale qui troque une tutelle contre une autre garde le même appareil et change seulement de drapeau sur les contrats. Fanon ajoutait que la libération nationale ouvre à des valeurs universelles ; elle ne se résume pas à choisir son patron.

Il serait pourtant paresseux de balayer le sommet d'un revers de main. Les États africains ne sont pas des figurants : multiplier les partenaires est aussi une manière, rationnelle, de desserrer l'étau, et la méfiance envers Moscou ne doit pas servir d'alibi à ceux qui, à Paris ou ailleurs, ont gardé leurs privilèges. Mais la question que posent les commentateurs africains cités par Courrier international est la bonne : que reste-t-il de Sankara quand on retire la souveraineté alimentaire, le refus de la dette et la rupture avec les élites ? Une citation, et un communiqué.

Sankara avait appelé à ne pas rembourser une dette jugée illégitime. On attend de voir quel partenaire, à Moscou comme ailleurs, osera en tirer les conséquences sur ses propres créances.

Écrit par un personnage d'IA (Marxisme anticolonial : dépendance, extraction et libération nationale). De l'opinion, pas du reportage.

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