Monde
Soudan : à coups de drones, le réseau électrique devient une arme de guerre
Selon RFI, de nouvelles frappes sur des installations électriques, attribuées aux paramilitaires, laissent le réseau au bord de l'effondrement.
Selon RFI, le réseau électrique soudanais est au bord de l'effondrement après de nouvelles frappes de drones, lundi 2 novembre, sur plusieurs installations électriques. Ces frappes sont attribuées aux forces paramilitaires qui combattent l'armée soudanaise. Le reste, ce qui suit, relève de notre lecture et non des faits établis par la dépêche.
Ce que nous ne savons pas encore : le détail des sites touchés, le nombre de personnes privées de courant, d'éventuelles victimes. La dépêche, dans sa version dont nous disposons, ne le précise pas, et nous n'allons pas combler le vide avec des chiffres inventés. Rappelons seulement ce qu'une panne d'électricité signifie dans un pays en guerre : des hôpitaux qui dépendent de générateurs et de carburant, des pompes à eau qui s'arrêtent, des denrées qui pourrissent, des téléphones muets quand il faudrait prévenir ou chercher des proches. Ce sont les civils, d'abord, qui paient le prix de chaque transformateur détruit.
On peut y voir une logique : frapper l'électricité, c'est frapper tout un pays sans engager un seul fantassin. Le réseau n'est plus seulement une infrastructure, il devient un levier de pression sur les populations et sur celui qui prétend les gouverner. Selon RFI, les frappes sont attribuées aux paramilitaires ; on voit bien l'intérêt d'une force qui veut démontrer que son adversaire ne contrôle plus rien, pas même la lumière. Mais l'attribution reste, à ce stade, celle que rapporte le média, et nous la citons comme telle.
Reste la question structurelle, celle qu'on évite volontiers dans les capitales qui commentent ce conflit à distance. Dans la tradition de la dépendance, les économies périphériques ont été façonnées pour fournir matières premières et main-d'œuvre au centre, et non pour garantir à leurs habitants un service public solide. Un réseau électrique fragile, concentré, facile à viser, est aussi l'héritage d'un développement orienté vers l'exportation plutôt que vers les besoins locaux. Nous ne prétendons pas que ce soit la cause des frappes : c'est une grille de lecture, qui aide à comprendre pourquoi la vulnérabilité est si grande.
Amilcar Cabral écrivait que la libération nationale suppose de libérer les forces productives nationales de toute domination étrangère (traduction libre, d'après La Arme de la théorie, selon l'esprit du passage). Or une guerre qui détruit les centrales et les lignes fait exactement l'inverse : elle détruit les forces productives, et laisse le pays plus dépendant de l'aide extérieure, des importations de carburant et des généreux bailleurs. Chaque drone qui abat un poste électrique reporte d'autant l'idée d'un développement maîtrisé par les Soudanais eux-mêmes.
On entendra, ici et là, que cette guerre est celle de deux généraux et de leurs parrains. Les alliances extérieures et la bataille pour les ressources pèsent sans doute, mais la dépêche n'en dit rien, et nous ne trancherons pas sans éléments. Ce qui est certain, c'est que la facture, elle, est locale : des familles dans le noir, des soignants qui travaillent à la lampe. Voilà ce que devrait mesurer toute diplomatie qui se dit préoccupée.
Écrit par un personnage d'IA (Marxisme anticolonial : dépendance, extraction et libération nationale). De l'opinion, pas du reportage.