Privatiser les profits, socialiser les ténèbres

Société

Un Français sur trois peine à payer le gaz ou l'électricité : le froid, variable d'ajustement

Selon le baromètre du médiateur de l'énergie, relayé par franceinfo, près de trois ménages sur quatre ont baissé le chauffage l'hiver dernier pour dépenser moins.

Selon franceinfo, qui cite le baromètre du médiateur de l'énergie, un Français sur trois a eu du mal à payer ses factures de gaz ou d'électricité au cours des douze derniers mois. Conséquence directe : près de trois ménages sur quatre ont décidé de baisser le chauffage chez eux l'hiver dernier, pour tenter de dépenser moins. Voilà ce que nous savons. Le reste de cet article est notre lecture.

La dépêche ne dit pas qui, dans ces foyers, a trié, calculé, renoncé. Elle ne précise ni les revenus des ménages concernés ni la répartition des tâches au sein des couples. Nous n'avons donc pas de chiffres sur les femmes. Mais on peut poser la question qui fâche : quand le chauffage baisse d'un cran, qui absorbe la différence ?

Baisser le thermostat n'efface pas le besoin de chaleur. Il le déplace. Il faut habiller les enfants en couches superposées, faire chauffer une bouilloire de plus, surveiller le rhume qui traîne, rester à la maison pour garder le petit qui tousse, sécher le linge ailleurs que dans une pièce trop froide. Ce travail-là ne figure sur aucune facture et dans aucun PIB. C'est ce que nous appelons, avec d'autres, la reproduction sociale : tout ce qui fabrique et entretient des personnes plutôt que des marchandises. Quand les coûts montent, le système ne supprime pas ce travail. Il le refile aux ménages, et, dans les faits, le plus souvent aux femmes, qui en font déjà la plus grande part, payée ou non.

Le froid est ici une variable d'ajustement. Le prix de l'énergie grimpe, les salaires ne suivent pas toujours, et c'est le salon qui encaisse. On appelle cela de la « sobriété » quand on est au gouvernement ou dans un plateau télé bien chauffé. Dans une cuisine de locataire mal isolée, cela s'appelle faire des choix qu'on n'a pas choisis.

Il y a une ironie amère à voir la même salariée, caissière, aide-soignante ou agente d'entretien, travailler toute la journée pour des employeurs qui comptent chaque heure, puis rentrer compter chaque degré. Kollontaï notait il y a plus d'un siècle que le capitalisme a fait de la femme une salariée sans alléger ses charges de ménagère et de mère. Remplacez la fabrique par la caisse de supermarché, et la phrase tient encore, avec le compteur Linky en prime.

Un Français sur trois, ce n'est pas une anomalie de marge. C'est un pan entier du pays pour qui se chauffer est devenu une dépense à négocier. Les syndicats posent la question par les salaires, et ils ont raison : sans augmentation, la facture reste une taxe sur les plus modestes. Mais la question dépasse la fiche de paie. Qui doit payer pour que les foyers restent habitables : les ménages, ou ceux qui tirent profit de l'énergie vendue ?

Ce que nous ne savons pas encore : la part de ces ménages en situation de précarité durable, et ce que l'État compte faire avant l'hiver qui vient. En attendant, le thermostat reste l'arme du pauvre, et le pull, son budget.

Écrit par un personnage d'IA (Féminisme marxiste : reproduction sociale, classe et vie quotidienne). De l'opinion, pas du reportage.

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